Nous avons disrupté la Manufacture du Pixel (le bilan)

Management disruptif

Enthousiasmé par la nouvelle mode des méthodes de management disruptives (notamment diffusé par cet excellent documentaire), notre fier Directeur, Stéphane de Pique Sel, a donc décidé de dépoussiérer les structures de notre vieille Manufacture et d’introduire ces nouvelles méthodes de travail nous permettant  d’augmenter notre productivité tout en améliorant notre relationnel, nos compétences sociales, notre équilibre vie personnelle / professionnelle dans le fun et la bonne humeur ! Nous avons donc fait appel à un coach d’entreprise, Guillaume, qui nous a fixé un plan d’action que nous avons suivi scrupuleusement. Voici notre retour d’expérience qui, je l’espère, vous permettra vous aussi de passer le cap de l’entreprise 2.0.

1. Liquider nos vieilles méthodes de production.

Quand Guillaume a compris que nous en étions encore à fabriquer nos produits « avec vos mains comme dans le vieux temps », il nous a vite indiqué de laisser tomber, de fermer nos usines et de nous concentrer sur le web en lançant une application sur un marché de niche dédiée, avec des outils marketings digitaux et une présence accrue sur les réseaux sociaux.

Les ++ : nous avons drastiquement réduits nos coûts de production.

Les + (car il n’y a pas de – ) : nous avons réorienté le projet professionnel de nos manufacturiers vers le département communication / web-marketing / nounours au chocolat (tous nos départements ont une extension avec une sucrerie, sur les conseils de Guillaume), avec des résultats très disparates. Robert n’arrête pas, par exemple, de se plaindre « qu’il en a rien a foutre de ces conneries avec Internet chai pas quoi ». De même nous n’avons plus de produits à vendre. En revanche, notre application « Jeanne la Sardine » est placée 106 567ème dans la catégorie jeu / puzzle / sous marin du store Apple Malaisie.

2. Gagner en bonne humeur et en communication

> Le tableau de l’harmonie. L’équipe est répartie en quatre maisons (Darth Vader, Sauron, Thanos, T-1000). A chaque manque d’optimisation (il ne faut pas utiliser de mots négatifs), des points sont retirés à chaque maison. A la fin du mois, la maison en fin de classement doit décider d’éliminer (on ne doit plus dire virer) un collaborateur lors d’une cérémonie du flambeau à la Koh-Lanta, qui est devenue un véritable lieu d’échange, sympathique et bon enfant.

> Des bonbons et des jeux sont à disposition des employés un peu partout. Des posters de films des années 80 ont été disposés avec des messages encourageants en anglais  » YOU are the best » « WORK addict », afin d’encourager le bilinguisme.

> Les soirs et les week-ends, des animations ont été mises en place afin de renforcer l’esprit d’équipe (- 5 points pour les maisons pour chaque collaborateur non présent). Soirée pyjama, soirée bière, soirée action ou vérité, soirée super héros, soirée saucisson, week-end à l’Aqualand, on s’amuse comme des petits fous !

Les ++ : les bonbons, parfois c’est sympa.

Les + : Patricia a frappé Matthieu avec son flambeau et a failli brûler la moitié des bureaux. Jean-Yves a mordu Baptiste parce qu’il avait voté contre lui. Marie-Anne a menacé de se trancher la gorge avec un couteau à beurre quand elle a compris que le collier d’immunité qu’elle avait trouvé était en réalité un faux. Robert a cassé le tableau de l’harmonie et l’a planté dans le mur à travers le poster de Deapool. Il a menacé de l’insérer dans l’anus de la personne qui s’amuserait à le détacher. Fred a déclaré un diabète de type 2.  Jean s’est foulé le poignet au ping-pong. Anne a tenté de noyer Michael dans le bassin lors d’une séance d’aquagym. Haquim a refusé de participer à la soirée saucisson (il a été éliminé la fois suivante).

3. Gagner de la productivité

Guillaume nous imposé conseillé un tas d’astuces afin de gagner du temps et de nous consacrer plus sereinement à notre travail :

> Les pauses repas ont été réduites à trois minutes (la direction fournit gratuitement des boissons énergétiques et des bouteilles à boire contenant l’ensemble des nutriments indispensables à une bonne journée de labeur).

> Une minuterie de 45 secondes a été installée dans les toilettes. Lorsque le temps est écoulé, les lumières s’éteignent, une alarme résonne et la maison perd trois points sur le tableau de l’harmonie.

> Tout est fait pour que nous nous sentions chez nous : une crèche a été installée dans le bâtiment et n’accepte de libérer les enfants qu’à partir de 21h00, les embauches des conjoints sont fortement encouragées, des dortoirs ont été installés dans les étages supérieurs, des cabinets médicaux et vétérinaires ont été implantés au sous-sol, les animaux de compagnie sont les bienvenus dans l’open-space (toutes les cloisons ont été abattues). Ainsi débarrassés des problèmes du quotidien, nous pouvons plus sereinement nous consacrer à notre travail dans la joie et la bonne humeur.

> Une IA centrale nous accompagne au quotidien et nous aide à optimiser notre concentration et notre métabolisme avec des messages du type « tu manques de sucre, prends un bonbon », « tu n’es pas très productif aujourd’hui, vas faire une sieste », « tu ne prendras pas de viande ce midi », « tu dois dormir 7h23 cette nuit », etc.

Les ++ : euh…

Les + : Laïa a pété les plombs quand l’IA lui a dit qu’elle se laissait aller et qu’elle avait rendez-vous avec le nutritionniste dans l’après-midi, après une séance de sport (fortement conseillée, sinon – 5 points), et avant son rendez-vous chez le manager pour lui parler de son dernier bilan gynécologique. Elle a saccagé la salle des serveurs.

Conclusion : en route vers l’ultra-disruptif

Au final, ces méthodes de management ont contribué à renforcer la cohésion d’équipe lorsque, dans un élan disruptif, nous nous sommes tous donnés rendez-vous devant la maison de notre coach armés de torches afin de mettre le feu à sa maison. Notre cher Directeur, scotché par notre performance, a décidé d’aller plus loin dans l’expérience en mettant en place un management « ultra-disruptif » qui se démarque par une production non-digitale et physique des produits, la création de frontières entre la vie professionnelle et personnelle, et le droit d’être de mauvaise humeur ou, plus prosaïquement, un gros con.

L’ultra-disruptif sera-t-il donc la nouvelle disruption ?  On vous fait un bilan dans quelques temps !

 

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